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Note d’intention:
Dans ce face à face avec
l'enfant il n'est pas question de fragilité mais de force et de tendresse.
Ce qui est fascinant dans l'enfance c'est sa force sans pouvoir, sa
puissance sans faiblesse. Ce qui est harassant chez l'adulte c'est sa
détermination, sa culpabilité et sa faiblesse.
A tout prendre le spectacle « Son corps léger » est en prise
avec l’entrée dans la danse, avec la naissance d’un état de danse.
Je ne veux pas croire dans ce spectacle qu’on se mette à danser parce
qu’on sait le faire, je crois plutôt que l’on danse à la suite d’un
heurt violent, quand on n‘a plus les mots, quand on est face à une
catastrophe qui nous dépasse, ou face à une présence qui nous
nie : le désert plein et matériel. On danse comme on nage, quand on
a plus pieds. Je crois qu’on entre en danse, par exemple, quand ça
cloche, quand quelque chose se coince (« boiter » ou
« le Clown »), mais aussi quand notre corps, ce gentil
serviteur, accouche d’une bête multiforme (« le faune
malade »), ou encore quand l’objet acquière une présence
obsédante qu’il nous faut dompter (« dressage de l’objet »
ou « la corrida »).
« Boiter »
ou « le clown »
Je crois bien que le paralytique relevé par le Christ s’est levé mais
je ne crois pas qu’il ait marché. Il a plutôt commencé une
gesticulation terrible dont on n’a pas parlé. C’est pourtant là qu’était
le miracle : autoriser un déplacement aberrent, sanctifier une
locomotion catastrophique. Et dans la rue de tous les jours souvent
surgissent ces corps miraculés, avançant coûte que coûte dans les
blocages et les chutes. On acquière un corps quand on nous le coince à l’hôpital,
quand il faut s’en sortir, quand nos jolis costumes ne suffisent plus à
nous faire tenir debout.
« Le
faune malade »
J’imagine que le pire n’est pas de mourir mais d’assister à la fin
du monde ou de son monde. J’imagine un trou dans la terre qui nous
laisse sans mots. Alors l’animal se réveille, affolé, en guerre contre
la terre. Surgissement d’un corps humain qui n’est plus ce mixte d’ange
et de bête mais un animal intelligent…en fait, une bête folle. Animal
fait des fouets, de griffes, de petits dards, de crachement…et sur tout
ça flotte une conscience en déroute. Plutôt que de devenir un joli
animal propret, plutôt se laisser traverser par toute les machines folles
que la vie a produite pour perdurer.
« Le dressage de l’objet » ou « la corrida »
Je
ne peux pas me faire à l’idée que les plastiques et les verres que
produit l’industrie humaine, ces objets utiles et c’est tout, dureront
plus longtemps que ma vie, que nos vies, que la vies de ceux qui
viendront. Voilà un verre de thé, une soucoupe et une cuillère,
ensemble anodin qui affirme une persistance démesurée. Il faut que je
lui montre que ma présence est davantage, et sur le champ, puisque aussi
bien elle n’est davantage que « sur le champ »,
immédiatement, maintenant, tout de suite.
Pierre Nadaud |
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Dans un monde déserté, deux
personnes, une enfant et un adulte, sont livrées
à leur seule relation.
Un autre monde, un monde à venir, se déploie à partir de leur rencontre.
Entre l'enfant et l'adulte, entre les jeux et les catastrophes, entre
l'enfant Ariane
et l'homme taureau, la petite fille et l'homme échangent des peurs, des
fragilités et des forces.
Une rencontre "sans horizon"...
" -Et tel serait le rapport de l'homme à l'homme, quand il n'y a plus
entre eux la position d'un Dieu, ni la médiation d'un monde, ni la
consistance d'une nature. - Ce qu'il y aurait entre l'homme et l'homme,
s'il n'y avait rien que l'intervalle représenté par le mot " entre ", vide
d'autant plus vide qu'il ne se confond pas avec le pur néant, ce serait
une séparation infinie, mais se donnant comme rapport dans cette exigence
qu'est la parole. "
Maurice Blanchot, L'entretien infini, L'homme sans horizon.
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daemonmagazin,
Italie,
été 2004
Pierre
Nadaud et Mamacallas de Prague au festival « Vie dans le Parc »
Un lieu quelconque, un lieu de passage. Des fauteuils dans une salle
d'attente inventée dans une ville imaginaire. Deux personnages, un couple
qui ne se connaît pas. Lui tente une approche maladroite, elle ne se
laisse pas prendre. On dirait un théâtre non verbal mais presque
aussitôt on découvre qu'il s'agit en réalité d'une danse muette, la
danse d'un homme, des mouvements amples de son corps plastique qui avance
pour reculer, il se découvre puis se rétracte. Elle semble perdue dans
un rêve, elle-même est un rêve,
des pas légers (doux)
de son corps léger. Malgré l'inévitable
commence une
communication faite de
physicalite
qui se reflète et s'imite, se court après et pour en
de brefs
instants se rejoint et
se rencontrer.
Si lui invente de tout pour elle sur les notes d'un tango séduisant de
Carlos Gardel, elle, petite, gouverne son corps à lui par ses caprices et
à coups d'écriture de son poing d'enfant jusqu'à presque le tuer de
douleur. Comment
peut-il réagir ? Il peut tenter de détourner son regard, de se
concentrer ? s'immerger
dans une tasse de thé (pour que) sa consistance devienne le centre de ses
pensées, de se sens,
d'oublier ? Il peut revenir pour la ennième fois et demander : « as-tu
vu le film Le dernier tango
à Paris ? ». La
fille (l'enfant) semble désormais avoir grandi,
malgré son petit visage
de nymphette. Elle lève son regard et lui répond.
Cette première nationale du spectacle « Son corps léger » de
Pierre Nadaud et de la troupe Mamacallas de Praque a ouvert , le 1er
juillet 2004 la « Vie dans le parc », les portes de la sixième
édition du festival international de la danse et théâtre nouveaux,
soutenu par Teatri di Vita (Théâtres de vie) dans le cadre de Viva
Bologna, en collaboration avec le quartier de Borgo Panigale. Le danseur
et chorégraphe français Pierre Nadaud, diplômé en philosophie et avec
une formation en théâtre et danse non
verbale, accompagné de
la jeune Aurora Ciuffatelli, raconte la fable d'une rencontre,
d'une lutte entre
l'amour et le refus , de l'élan du corps pesant vers un corps léger, de
l'attraction d'une âme légère vers une âme pesante. Dans ce spectacle
se mélangent les certitudes, se confrontent (se mettent en discussion)
les stéréotypes et relations de force apparente et physique et de
pouvoir intérieur et réel. On découvre que la délicatesse n'est plus
synonyme de vulnérabilité, et l'énergie n'est pas celui de
puissance.
Irene
Guzman
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