Mamacallas

     

PERFORMANCES

Retourf

BAKARABIA et ZIRIAB

« En combien d’autres sociétés, d’autres climats, d’autres époques aurais-tu pareillement été un raté ? Et ne mentionnons pas les tribus. Là, pas de repêchage. Elles ne t’auraient pas laissé vivre. » Henri Michaux, Poteaux d’Angle

 

 

création 16. Février 2004, théâtre PONEC, Prague, République Tchèque

création et interprétation Jana Hudeèková (Cz), Michaela Komárková (Cz), Andrea Miltnerová (Cz/GB), Jacques Eloi Génot (Fr), Pierre Nadaud (Fr), Jaro Viòarský (Sk)
conception et chorégraphie Pierre Nadaud

musique lors de la dernière version concert de ZIRIAB, Marwan Alsolaiman (Sirie) (ud,nai, et chant), Haitham Farag (Sirie) (chant et darbuka) et Abu Chagáne (Liban) (chant et daff)

arrangements Marwan Alsolaiman et Pierre Nadaud

music de la première version J.S. Bach, J.M. Bach et J.C. Bach

arrangements Pierre Nadaud et Jan Burian

light design Jan Beneš-McGadie (Cz)
costumes Jan Suša (Cz)

coproduction o.s Tanec Praha / Théâtre Ponec et Mamacallas, Prague, République Tchèque

supporté par le Ministère Tchèque de la culture, l'Institut Français de Prague, l'Académie des Arts de Prague, la Fondation HAMU

 

Fiche technique

ZIRIAB


En 1997 quelques résidents arabes de Prague fondèrent un groupe de musique et le nomèrent du nom du maître musicien et poète Ziriab. Le groupe a connu différentes transformations. Aujourd'hui il comprend deux Syriens Marwan Alsolaiman (´Ud- Arabian lute, Nay- Arabian flute and voice), Haitham Farag (darbouka- Arabian drum and voice), et un Libanais Mouin Abu Chahine (daff- Arabian tambourine and voice).

 

Les musiciens du groupe Ziriab interprètent des chansons d'amour traditionnelles qu'ils ont retranscrites. Ce sont de chansons connues dans tout le monde arabe. Quelques unes sont si anciennes qu'il n'est pas possible d'identifier leur origine. Elles appartiennent à la mémoire des peuples. D'autres ont un auteur connu mais elles sont si anciennes et connues qu'elles sont aussi devenu patrimoine populaire. La troisième source du répertoire du groupe Ziriab sont les compositions nouvelles qui s'inspirent des arrangements et sonorités des chansons arabes classiques.

 

 

Présentation

BAKARABIA fait craquer le verni de la culture pour laisser apparaître des corps joyeux, amoureux et maladroits. Une espèce de ballet inspiré de Voyage en Grande Garabagne de Henry Michaux.

 

"Bakarabia est une histoire d'espace et une espèce d'histoire. Bakarabia est l'histoire d'une espèce.
Une histoire d'espace entre des gens dansant d'une espèce parlante.
Des gens, des gens, des gens toujours ensemble et toujours séparés.
Des gens corps collectif et corps singuliers.
Bakarabia est une promenade parmi ces gens ensemble séparés,
Sur la ligne séparant le collectif du singulier. Une promenade des corps collectifs et singuliers

Entre l'espace des préjugés et l'espace des sensations.
Entre l'espace des: (communications, regards désapprobateurs, gestes contredits,
petits signes et signaux, ordres, ententes cordiales et accords parfaits)
Et l'espace des: (parfums, des caresses, des poursuites dans l'herbe, des interdits,
des mots da. et des respirations de, des "encore" et des désordres)
Entre l'espace des: Cours de Bach
Et l'espace des: Jardins d'Arabia."

P.N.

 

 

Presse

HOUSER, Prague, 23/12/2004 houser_23-12-04.jpg

Dieu, un clown et le peuple


Il n’est pas rare qu’un spectacle de danse s’inspire d’un modèle littéraire. En règle générale cependant, le chorégraphe ne s’attache qu’au contenu – il développe les différents thèmes de l’œuvre mais n’introduit que rarement, dans la danse, quelque chose de la forme littéraire du texte. La dernière mise en scène de la troupe de danse Mamacallas est sans aucun doute la fameuse exception qui confirme la règle. Le spectacle Bakarabia est non seulement l’illustration sur scène du modèle littéraire choisi mais se réfère également à la forme du récit. Si le style d’Henri Michaux, dont il est question ici, semble au premier abord, très spontané et ludique, on peut en dire de même des danseurs présents sur scène. Si le thème principal chez Michaux est toujours complexe et chargé de questions sur l’existence, on peut en écrire de même sur Bakarabia.
Le choix d’un espace vide, limité par un carré blanc, éclairé de trois côtés par des lumières changeant d’intensité en fonction des situations du récit se révèle une solution simple pourtant forte sur le plan métaphorique. Tout le spectacle se déroule sans un seul accessoire ; si je ne compte pas le vélo introduit un court instant dans le jeu, peut-être pour amuser les spectateurs ou en référence à un autre Michaux célèbre – l’inventeur du vélocipède. Les mouvements et les sons, qu’il s’agisse des arias baroques enregistrées ou des courts couplets et paroles prononcés par les danseurs sur scène, sont, tout au long du spectacle, les principaux porteurs de sens. A de longs silences limpides succède une musique baroque ornementale à la riche texture, les arias classiques alternent avec les couplets « hésitant » des danseurs. On peut se laisser inspirer ou charmer par chacun des éléments indépendamment, mais l’essence réelle se cache justement dans cet espace non défini qui naît de la comparaison de deux pôles au premier abord opposés – le calme et le mouvement, le silence et la musique.
Au minimalisme du récit externe répond la conception même de la danse. Les personnages et les situations sont caractérisés le plus souvent par des gestes ou par des petits pas presque imperceptibles. Les mouvements synchronisés du groupe laissent assez d’espace au discours propre de chaque danseur.
Les rencontres dansées entre Pierre Nadaud et Jaques E. Génot forment une partie indépendante du spectacle, qui encercle le noyau même de la mise en scène. Leurs fragiles duos, emplis d’une taquinerie amicale, rappellent, par la proximité du contact et l’impossibilité d’une fusion totale, le mélange de l’eau et de l’huile.
L’existence parallèle de plusieurs niveaux ou plus exactement de plusieurs étages se mêlant sur scène, reste pour moi un fait extrêmement particulier, complexe et fascinant. A la masse du peuple, symbolisée par les trois danseuses et un danseur, s’ajoute un personnage esseulé (Jacques Eloi Génot) qui cherche sa place dans le groupe. L’auteur, Pierre Nadaud, reste l’homme de l’ombre, se laissant le privilège du démiurge jusque dans son rôle sur scène.
Bakarabia est un merveilleux spectacle. Tout, sur la scène, semble naturel et complet dans le cadre de frontières volontairement délimitées. Le caractère ludique qui est le principe fondateur de toute la construction de la chorégraphie, est devenu dominant dans le langage même de la danse. Enfin, et c’est un élément plus qu’appréciable, la liberté est laissée aux spectateurs. On peut ne prendre que la carapace extérieure et se laisser interpeller par l’esthétique raffinée de la musique, des costumes et du mouvement, ou bien tenter de déchiffrer le message de la mise en scène et se perdre sur les chemins complexes de la philosophie. Chacun selon son goût. Choisissez ce qui vous est le plus proche, et courez au théâtre Ponec !

Jakub Jahn

 

   

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modified 01.27.2008

Photo Jan Suša

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